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Vladimir Poutine a-t-il peur des contes pour enfants ?

  • Photo du rédacteur: Presse Ton Monde
    Presse Ton Monde
  • 7 févr. 2019
  • 3 min de lecture

Credits Michael Klimentyev (Sputnik News)


Entre manifestations violentes et censures des médias, comment le gouvernement russe gère-t-il le déploiement d’une littérature jeunesse plus libre et occidentale ?


La Russie censurée


En mars 2018, suite à la réélection du président Vladimir Poutine, le secrétaire générale de Reporters sans frontières publiait une lettre ouverte indignée : « […] Nous vous demandons de faire abroger les lois liberticides adoptées au cours de votre dernier mandat ». C’est un exemple des mouvements protestataires qui s’élèvent depuis plusieurs années en Russie. Le Kremlin (gouvernement russe) exerce un contrôle puissant sur les médias et leur liberté d’expression.


Violences sur mineurs durant les manifestations, emprisonnements de blogueurs pour avoir reposter sur les réseaux sociaux… Faire entendre sa voix devient difficile. Le peuple russe utilise donc des moyens détournés et détient un nouvelle arme : la littérature jeunesse. Ce domaine représentait déjà un enjeu politique à l’ère soviétique et constitue encore un canal de communication aujourd’hui.


Une conférence culturelle et engagée


C’est le sujet qu’a abordé Bella Ostromooukhova lors d’une conférence à l’Université de La Rochelle le 3 octobre 2018. Spécialiste en Histoire sociale et culturelle de l’URSS, elle nous explique que la parole est très réglementée en Russie. La littérature jeunesse est un outil majeur mais très surveillé. L’Etat souhaite « préserver » les enfants. Il mis en place depuis 2012 une loi centrale pour la production de littérature jeunesse qui « interdit les éléments qui nuisent à leur santé ou leur développement ».


Des organes extrémistes ont depuis censuré de nombreux ouvrages qui abordent les thèmes du terrorisme ou de l’homosexualité. L’Etat justifie ces actions en prônant la sécurité du pays ou les « valeurs familiales traditionnelles ». Les parents sont le plus souvent favorables à ces décisions.


C’est pourquoi à Moscou, les libraires déclarent qu’il faut d’abord éduquer les parents. Ils précisent « Nous essayons de signifier que nous ne faisons pas dans le bisounours bleu ou rose ». C’est avec la volonté d’élever les enfants dans le véritable monde qui les entoure qu’ils proposent une littérature différente.


Des éditeurs russes militants


Bella Ostromooukhova prend lors de sa conférence l’exemple de Samokat. Cette maison d’édition suisse est à présent implantée en Russie. Elle fait traverser la frontière russe à des contes porteurs d’idées nouvelles. Voulant importer les langues occidentales dans le pays pour favoriser l’échange, elle forme un élément de rébellion face au gouvernement. Selon eux, les enfants ont besoin d’une autre ouverture d’esprit que celle proposée par la littérature non-censurée.


« Les contes de Leningrad » ou la fantastique rébellion



Loulia Lakovleva, auteure éditée par Samokat, a terminé en 2018 l’écriture d’une trilogie appelée « Les contes de Leningrad ». Elle raconte comment trois jeunes enfants ont vécus orphelins dans une société opprimée. Entre fantastique et terrible réalité, elle fait le pont entre l’actualité qui ravage la Russie et l’histoire du pays toujours présente dans les mémoires.


Le récit aborde un débat qui fait écho aux nombreux conflits entre les mineurs et la

police russe : doit-on transgresser l’ordre au nom de la révolte ? Le parti pris de l’auteur est de montrer comment on peut tenter de sauvegarder son enfance tout en prenant part à une guerre totalement déshumanisée. Entre étude des comportements et véritable peinture historique, Loulia Lakovlela utilise souvent le fantastique pour montrer la révolte. Lauréate du prix Goncourt et de nombreux prix en Russie, cette trilogie reste peu connue du grand public malgré son écho fort à l’actualité.


Une liberté conditionnelle


Les éditeurs russes contestataires sont assez méconnus par le gouvernement et donc relativement libres de publier. L’important est de ne pas apposer « livre pour enfants » sur les ouvrages qui osent aborder les sujets controversés. Le pouvoir russe peut faire rejeter n’importe quel ouvrage des librairies si son contenu ne lui convient pas. C’est cependant la seule sanction que reçoivent aujourd’hui ces libraires. Ces derniers estiment qu’il s’agit de ne pas « diaboliser » le contrôle actuel. On notera tout de même que les retombées sont bien plus importantes pour les internautes soumis à des arrestations et même des emprisonnements.




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